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Avis de sale temps
sur la planète bleue !
Les bonnes intentions vertes pourront-elles la
sauver…
ou l’achèveront-elles ?
Par
Pierre Yves Morvan
Peut-être d’autres techniques pourront-elles nous sauver ? La voiture électrique par exemple ?
C’est vrai, une voiture électrique n’a pas de pot d’échappement crachant du CO2 ; elle fleure bon l’herbe des prés et les fleurs des champs, les papillons volètent en dansant autour d’elle…
Le problème… est qu’il faut bien la produire, cette électricité ! L'électricité dans le monde étant produite aux deux tiers à partir d'énergie fossile, il en résulte que le pot d’échappement de la voiture électrique, c’est la grosse cheminée d'une centrale, au charbon, au gaz, au pétrole. La voiture électrique déplace le problème du CO2, mais elle ne le supprime pas. C'est vrai, elle ne pollue pas l’air de la ville où elle roule ; mais elle pollue quand même la planète ! Au travers de la centrale qui la recharge en électricité, elle émet, à services égaux, généralement plus de CO2 qu’une voiture thermique classique [1].
La
voiture électrique… marche au charbon !
Sauf en France ! En France, grâce à l'électricité nucléaire, une voiture électrique émet un peu moins de CO2 qu’une voiture thermique comparable. En Chine charbonneuse, c’est la voiture électrique qui émet plus de CO2 (autant qu’une Porsche 911 !). Heureusement, le risque de voir bientôt proliférer des millions de voitures électriques en Chine, rechargées par des centrales au charbon, est limité : la voiture électrique est un sport de riche qui ne concerne, pour longtemps encore, que quelques privilégiés urbains ; c’est une « bobomobile ».
Sans compter les problèmes environnementaux que poseraient des milliards de tonnes de batteries, dont nous savons qu’elles vieillissent vite et mal. Non, la voiture électrique n’est pas la "madame propre" qu'on voudrait nous vendre – cher – elle sent au contraire très fort le réchauffement climatique. En outre, en raison des mauvaises performances des batteries, les voitures électriques sont petites, peu puissantes, de faible autonomie : elles sont essentiellement adaptées à une utilisation urbaine, en été [2]. Mais, à quoi sert de développer et de subventionner des voitures électriques pour la ville, là où justement, il y a des transports en commun, métros, bus, trams, qui eux permettent réellement, déjà, de faire des économies de pollution et d’énergie ? Investir pour développer la voiture électrique individuelle en ville, plutôt que les transports en commun, est une aberration écologique. Veut-on vraiment des villes où des tramways quasi vides circulent au milieu d'une nuée de minuscules voitures électriques, pendant que dans les parkings attendent les grosses berlines qui emporteront à la campagne toute la famille, avec la poussette de la petite dernière ? Et durant ce voyage à la campagne, on passera devant la centrale au charbon et sa grosse cheminée, qui fournit l’électricité aux tramways vides et aux minuscules voitures électriques. Est-ce bien raisonnable ? Greenpeace a bien compris que la voiture électrique est un leurre, une vraie-fausse bonne solution : « Sans une révolution dans notre manière de produire de l'énergie, les voitures électriques ne pourront pas être une solution durable [3] ».
Rodrigue et la Chimène électrique
Et la voiture à hydrogène ? Elle semble avoir tout pour plaire ; avec une pile à combustible, le fin du fin en matière de technologie, ce qui se fait de mieux pour alimenter les cabines spatiales en énergie. Aucune pollution, puisque l’unique "déchet" de la combustion de l’hydrogène, c’est de l’eau ultra-pure [4].
C’est vrai… mais encore une fois, le problème… est qu’il faut bien produire l’hydrogène ! Ce qui se fait actuellement, vous allez rire… à partir de combustibles fossiles ! Avec de pauvres rendements ! Ou, vous allez encore rire… par électrolyse de l’eau, avec encore de mauvais rendements ; ce qui nécessite donc de l’électricité… majoritairement produite par le charbon sur la planète.
La
voiture à hydrogène… marche au charbon !
Elle n’est propre que pour les myopes qui ne voient pas plus loin que le bout du tuyau d'échappement. Mais celui qui a une bonne vue apercevra au loin l’énorme cheminée de la centrale qui se cache derrière la merveilleuse voiture supposée verte. De sorte que si les transports étaient massivement à hydrogène… il en résulterait, compte tenu des faibles rendements des chaînes de production d’hydrogène, une catastrophe écologique pour la planète [5] !
La voiture à hydrogène, une parfaite caricature des vraies-fausses bonnes solutions.
Pourtant, écoutons les radios, les télévisions, lisons les revues et les journaux… Sauf rares exceptions, pour la Chimène électrique toute la galaxie verte a les yeux de Rodrigue. Tous tressent pour elle une couronne de lauriers verts et chantent en chœur ses louanges, attendant sa venue comme celle d’un nouveau messie qui nous sauvera de nos péchés de CO2. Serions-nous tous daltoniens, pour ne pas voir que la voiture verte est noire de suie ?
La voiture électrique ou a hydrogène ne pourrait être une solution durable que lorsque nous saurons produire massivement de l’électricité sans CO2.
Éoliennes et photovoltaïque produisent de l’électricité ; mais pas massivement, même pas dans l’avenir.
Le nucléaire produit de l’électricité massivement. Mais le risque d’accident fait peur.
Mais alors, si la voiture électrique et la pile à hydrogène sont des illusions, on peut au moins essayer d’améliorer le rendement des moteurs actuels, afin qu’ils consomment moins.
C’est vrai, bonne idée. On est d’ailleurs sur la bonne voie, l’efficacité énergétique des moteurs croît au fil du temps. Nous avons raison de saluer cette bonne nouvelle… mais nous aurions tort de nous en satisfaire ! Car ces progrès, indéniables, sont bien loin de résoudre le problème : plus le rendement des moteurs s’améliore… plus nous consommons de carburant et plus nous rejetons de CO2 !
Plus
nous progressons, plus nous reculons. Trouvez l’erreur.
L’erreur est facile à débusquer. C’est vrai, à puissance égale, une voiture moderne consomme moins qu’une voiture d’il y a cinquante ans. Mais nous avons aujourd’hui davantage de pouvoir d’achat, de sorte que nous avons maintenant des voitures plus puissantes, plus lourdes, avec une climatisation interne gourmande en énergie, que nous faisons plus de kilomètres avec ces voitures plus puissantes, et qu’il y a de plus en plus de familles qui ont une voiture, ou deux, ou même trois voitures. Et des millions de Chinois sont sur le point de pouvoir acheter une voiture, et pédalent très fort pour y parvenir.

En dépit d’une meilleure efficacité énergétique des
véhicules, les transports consomment de plus en plus de pétrole ; au
rythme de la croissance industrielle.
On observe le même paradoxe en ce qui concerne
l'isolation des habitations : elles sont de mieux en mieux isolées, ce qui
va dans le bon sens ; mais pour autant, la consommation d’énergie pour le
chauffage ne diminue pas. Car les appartements d’aujourd’hui sont plus nombreux
et plus grands que les appartements d’il y a cinquante ans ; de sorte que
l’ensemble de ces grands appartements mieux isolés… nécessite autant d’énergie
que les petits appartements moins bien isolés d’il y a cinquante ans. Et
j’aurai la pudeur de ne pas parler des appartements climatisés.
Continuons donc à améliorer les moteurs thermiques, et à mieux isoler nos maisons. Mais, ces "victoires" apparentes ne doivent pas masquer qu’en réalité nous battons en retraite sur le front du CO2.
L’efficacité énergétique ne diminue pas les émissions de CO2. Elle diminue seulement leur augmentation.
|
Oui… Le rendement des moteurs s’améliore è Les appartements sont mieux
isolés è |
Mais… Les émissions de CO2 ont crû de 16% en France entre
1990 et 2007 dans le secteur du transport. Les émissions de CO2 ont crû de 10% en France entre
1990 et 2007 dans le secteur de l’habitat. |
(Source : Climat – Une planète et des hommes
– Quelle influence humaine sur le changement climatique ? Page 265. Le
cherche midi)
C’est vrai, l’efficacité énergétique des moteurs augmente, l’isolation des appartements progresse ; c’est vrai, les éoliennes sont dans le vent et poussent comme des champignons. C'est vrai, nous produisons de plus en plus d’énergie renouvelable. Hélas, de plus en plus d’un tout petit peu, ça ne fait encore qu’un tout petit peu. Alors que dans le même temps, nous consommons de plus en plus d’énergie ; de plus en plus de notre énorme consommation, ce qui fait énormément plus. Pour des décennies encore, cette énorme consommation supplémentaire ne pourra être assurée que par ce que nous avons sous la main, ou plutôt sous le pied, les énergies fossiles ; les nouvelles énergies renouvelables en sont tout simplement incapables. La figure ci-dessous est éloquente :

Source : World Energy Outlook 2008 – Résumé [6]
Les bulletins verts de victoire masquent la réalité de la déroute : la croissance de la consommation d’énergies fossiles l’emporte largement, en chiffres absolus, sur la croissance des énergies renouvelables. C’est-à-dire que nous continuerons à pomper de plus en plus de pétrole et émettrons donc de plus en plus de CO2. Et quand nous aurons tout pompé nous échangerons nos pompes pour des pics de mineur de charbon ou pour du matériel d’exploitation du gaz de schiste, et nous émettrons encore plus de CO2.
Un enfant de cinq ans aurait expliqué simplement d’où vient ce formidable déphasage entre ce que nous croyons et ce qui est raisonnablement prévisible. Le malentendu vient de ce que, une fois encore, comme pour les économies d’énergie, on mélange des résultats absolus et des résultats relatifs. On nous présente la production d’un champ d’éoliennes, on nous parle de mégawatts, c’est méga-impressionnant. Mais en réalité ce n’est rien par rapport aux giga et térawatts que la planète consomme, et surtout, qu’elle consomme de plus en plus ; c’est téra-impressionnant.
Les
illusions sont plus facilement renouvelables que les énergies.
Les
nouvelles énergies vertes produisent de l’électricité. Un peu.
Elles
produisent surtout énormément d’illusions ; celles de croire que l’on
pourrait se passer des énergies fossiles sans modifier notre façon de vivre.
[1] Détails sur ADEME & vous - Stratégie & études – Tableau 5, page 6 : Émissions de CO2 « du puits à la roue » des véhicules électriques et thermiques.
[2] Une utilisation urbaine en été. Il est en effet exclu de se chauffer dans une voiture électrique, sous peine de faire la fin du trajet à pied. Et il ne serait pas prudent de circuler les soirs de pluie, avec phares allumés, essuie-glaces, chauffage anti-buée… Mieux vaut prendre un taxis, à carburant fossile. Et oublions les vitres électriques, et bien entendu la climatisation… Lorsque l’on compare voiture électrique et voiture thermique, il faut tenir compte de tous ces facteurs, sous peine de comparer des choux et des lapins.
[3] http://www.greenpeace.org/france/voitures/questions-reponses#5
[4] Hydrogène signifie « Qui génère de l’eau ».
[5] L'énergie nucléaire pourrait résoudre le problème. De nouveaux types de centrales, encore à l'état de projet, permettraient par leur haute température, de décomposer l’eau et fournir de l’hydrogène, sans émission de CO2.
[6] http://www.worldenergyoutlook.org/docs/weo2008/WEO2008_es_french.pdf
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Table des matières
Les illusions du bon vieux temps… mythes et réalité [extrait
à lire]
La planète bleue était-elle verte ?
La pollution – réalité ancienne, idée moderne
À la recherche du bon vieux temps perdu
C’était une erreur judiciaire, l’homme est innocenté
Nature amie ou ennemie ?
Touche pas à mon moustique
La ligue de défense des moustiques et des oiseaux
La bataille de Stockholm
Combats d’arrière-garde
Les leçons du passé
L’écologie profonde
Défendre l’environnement, ou défendre la nature ?
Lobbying et indépendance ne sont pas ce que l’on croit
L’Homme et la nature, vieux couple terrible
« maîtres et possesseurs de la nature. »
On a retrouvé le paradis terrestre !
Disettes et famines
Touche pas à ma nature !
Le miracle de la malbouffe !
Vive le changement !
Donnez-nous notre pain quotidien
La chimie… mais c’est naturel !
Les pesticides… mais c’est naturel !
Les dangers des pesticides pour les hommes ? [extrait à lire]
Leçons de propagande pour les nuls
Le bio peut-il nourrir la planète ?
Donnez-nous notre pain quotidien… sans poison s'il vous plaît !
Nos fruits et légumes sont naturellement empoisonnés, c’est un équipement d’origine !
Nous sommes tous des cobayes.
Enfin les OGM vinrent !
Nous sommes obligés d’aller de l’avant, de prendre des risques
Les OGM protègent l’environnement ?
OGM problème ?
Nous sommes tous pro-OGM
Des mutants parmi nous !
Les peurs des dinosaures
Épuisement des ressources et changement climatique
Sommes-nous trop nombreux ?
Civilisation et énergie
Réchauffement climatique, sujet brûlant
Lutter contre le réchauffement climatique ou s’adapter ?
Déjà trop tard ?
L’irrésistible croissance des émissions de CO2
L’illusion des économies d’énergie
Les économies d’énergie, un sport de riche
Festival d’illusions
L’illusion des énergies renouvelables et autres techniques
Vive le bois ?
Vive l’eau ?
Le cheval blanc d’Henri IV était blanc ; mais le pétrole vert est-il vert ?
La voiture électrique marche au charbon
Plus nous progressons, plus nous reculons !
Les illusions renouvelables
L’illusion de la bonne volonté
L’illusion des petits gestes qui sauvent la planète
L’illusion des vœux pieux
L’illusion de l'argent qui fait le bonheur
L'illusions de l’éducation et des taxes
La décroissance nécessaire et impossible
L’énergie nucléaire
L’humanité est en danger