Retour à la page d'accueil pour choisir d'autres extraits :    

 

Bonjour. Vous êtes sur une des pages présentant des extraits du livre :

 

Avis de sale temps sur la planète bleue !

 

 

Les bonnes intentions vertes pourront-elles la sauver…

 

ou l’achèveront-elles ?

 

 

Par Pierre Yves Morvan

 

 

---
 
L’illusion des économies d’énergie

Nous consommons trop d’énergie fossile ? Nous rejetons trop de CO2 ? Mais alors la solution est toute trouvée… Il suffit de faire des économies d’énergie, é-co-no-mi-ser !

En réalité, l’expression "économie d'énergie" est trompeuse. Nous savons que l’énergie est dans le pétrole, le charbon, etc. Mais nous sommes moins conscients qu’il y a de l’énergie sournoise tapie partout, dans le béton, l’acier, le verre, dans la plupart des produits manufacturés. La moitié seulement de l’énergie consommée en France est de l’énergie "visible", le chauffage des appartements, l'éclairage, les transports… l'autre moitié est "cachée" dans les produits que nous consommons ; elle correspond à l’exploitation des mines, à l’extraction des matières premières, à la fabrication, au conditionnement de nos produits. Il y a en moyenne un à deux kg d’équivalent carbone dans chaque kg de produit manufacturé, que ce soit un grille-pain ou un pantalon ; il y a du charbon dans mon pantalon – 7 kg de CO2 émis pour fabriquer et distribuer mon pantalon. Il y a aussi du pétrole dans mon bifteck : 2 à 3 kg d'équivalent pétrole dans un kilo de bœuf. Un Européen génère environ deux tonnes de CO2 par an pour sa nourriture. 

 

   Nous mangeons du pétrole !

 

C’est-à-dire que "consommer", quoi que ce soit, signifie "rejeter du CO2" ; et que donc pour "économiser l'énergie" il ne suffit pas de consommer moins d’énergie visible, de l’essence, du fioul, du charbon, il faudrait en réalité économiser sur tout, consommer moins, moins de tout. 

Hélas… À part les mongols qui méprisaient le luxe [1], les hommes ne sont pas naturellement économes. Quant à Harpagon, son souci d’économiser nous paraît si saugrenu, que des siècles après on en rigole encore.

Consommer moins ? Qui l’acceptera ? C’est la contradiction de nos sociétés schizophréniques, qui se gargarisent de bonnes résolutions vertes d’un côté, mais qui gémissent et pleurent lorsque la croissance ralentit. Notre inconscient refuse d’accepter ces idées simples que lorsque le prix de l’essence diminue, c’est une défaite sur le front du CO2, que lorsque le gouvernement annonce triomphalement un taux de croissance de 2 ou 3%, c’est une défaite sur le front du CO2 et de la sauvegarde des ressources de la planète. Seuls des rêveurs croiront que cette croissance pourrait être assurée – "CO2-free" – par de mythiques énergies vertes.  

 

-  Messieurs et chers électeurs, je vous promets une croissance de 5 % !

-  Bravo, vivat !

-  Évidemment, cela se traduira par plus d’émissions de CO2…

-  Rassurez-vous, pour 5 % on vous pardonne tout… 

Les économies d’énergie, un sport de riche

Devoir d’économie 

Les économies de consommation sont d’autant plus difficiles, qu’économiser… est un sport de riche ! Personne n'aurait le mauvais goût de demander d'économiser aux milliards qui ont à peine le minimum, qui souffrent même de faim, ceux qui tentent au contraire de se développer, d’acquérir un minimum vital décent. Économiser est le privilège de ceux qui déjà consomment sans modération, ou à suffisance.

Le problème est que ceux qui pourraient pratiquer ce sport de "riches" sont une minorité ; je ne parle pas ici de la minorité des propriétaires de château et de yacht de luxe, je parle de l’ensemble des classes moyennes de la planète, vous et moi. Quoi ! ? Je suis riche, moi ! s’exclameront tant de lecteurs, étonnés d'être promus au grade de "riche" – un grade aussi méprisé qu’il est envié, et vice versa. La notion est évidemment relative. Comparé à mes voisins dans un pays développé, je ne me sens pas riche ; mais pour la plupart des Africains je suis incontestablement un riche. C'est quoi un riche ? C’est celui qui est moins pauvre que moi ; ils sont des milliards… 

Hélas, ces "riches" qui s’ignorent, vous et moi, nous ne sommes qu’un milliard seulement, pour presque sept milliards de terriens. Sans être des génies des mathématiques, on entrevoit aisément les conséquences dévastatrices de ces poids relatifs, l'ampleur du devoir d'économie qu'ils impliquent : 

 

   Pour seulement stabiliser les émissions de CO2 de la planète, il serait nécessaire que chaque "riche" économise "six", pour permettre à six pauvres de consommer chacun "un" en plus.

 

 

Il serait nécessaire…

Mais ce qui se passe dans la réalité est que les six pauvres consomment effectivement chaque jour un peu plus ; alors que le "riche" qui devrait équilibrer cette consommation… n’économise rien ou presque ! N’économise rien ? Comment est-ce possible alors que les médias rapportent tous les jours, en gros titres, nos merveilleuses réussites – une maison zéro émission de CO2 ici, un système de valorisation des déchets animaux là, etc. Les médias le claironnent, nous réalisons des prouesses, nous économisons !

Hélas, c’est une illusion. Parce que les médias ne rapportent que les évènements exceptionnels… qui sont rares par définition ; ces réussites méritoires, mais rares, n’ont aucun poids statistique. La réalité effrayante est qu’il suffit de quelques instants de croissance chinoise pour annuler tout l’effet des laborieuses économies des pays développés… et les émissions de CO2 de la planète considérée dans son ensemble, croissent.

Le graphique ci-dessous illustre l’énorme décalage entre l’insignifiance de nos économies d’énergie et le formidable élan des pays en développement : L'augmentation des émissions de CO2 de la Chine entre 2007 et 2008 était supérieure à la totalité des émissions de la France [2] ! C’est assez pour réaliser combien nos efforts d’économie, méritoires certes, ne sont que des moulinets de matamores qui ne risquent pas d’effrayer et de faire reculer le CO2.

 

 

Émissions de CO2 (Mt CO2) dues à la combustion d'énergie (2008) :

 

 

 

 

C’est déprimant. Nous éteignons consciencieusement la veille de la télévisions et nous avions le sentiment d’améliorer le sort de la planète… et nous apprenons maintenant que tout cela est illusions, que l’effet est infime, que la planète va quand même de plus en plus mal. Mais alors, que faire ? Beaucoup d’hommes de bonne volonté réagissent de façon désabusée : oui, nos efforts sont sans doutes vains ; mais nous ne savons pas quoi faire d’autre, alors nous le faisons quand même ; ne serait-ce que pour pouvoir dire et se dire que nous faisons quelque chose.

On tentera de trouver d’autres éléments de réponse dans les chapitres qui suivent.

Le scénario vertueux impossible 

Le scénario « 450 » analysé par le World Energy Outlook 2008 met encore mieux en évidence le défi gigantesque à relever. Ce scénario vertueux vise à contenir la hausse de température mondiale à seulement 2°C (annuler totalement cette hausse est un objectif trop ambitieux qu’il est sans doute maintenant impossible d’atteindre).

Les résultats de l’étude sont effarants. Supposons en effet que les pays en développements (pays "non OCDE" ci-dessous) continuent à se développer selon le scénario standard (ce qui est probable). Et supposons que pour compenser, les vertueux Français n’émettent plus une seule bouffée de CO2, qu’ils disparaissent de la surface de la terre (ce qui n’est pas probable). La planète serait-elle sauvée par cet héroïque sacrifice ? Même pas ! Plus fort encore ! Supposons maintenant que tous les pays de l’OCDE, Europe, Amérique du Nord… n’émettent plus du tout de CO2 ; la planète serait-elle sauvée ? Même pas ! Les seules émissions des pays en développement, selon le scénario de référence, sont déjà supérieures aux émissions requises pour le monde entier dans le scénario 450. Il ne reste plus de place pour le CO2 des pays développés !

 

 

 

 

 

Les économies d’énergie des pays développés sont négligeables face aux appétits impatients de milliards de pauvres qui découvrent enfin le monde enchanté la consommation. Nous sommes bien peu de chose, disait ma grand-mère en soupirant. Elle avait compris que le problème n'est plus seulement les quelques privilégiés qui ont la télévision et qui ne coupent pas la veille de leur appareil ; le problème est aussi, et sera de plus en plus, la multitude de ceux qui n'ont pas encore de télévision, qui n'ont même pas encore l'électricité ! Parce que tôt ou tard ils l'auront.

Lorsqu’ils mouraient de faim on les ignorait ; aujourd’hui ils commencent enfin à consommer… ils sont devenus acteurs, et compétiteurs ; ils nous enlèvent le pétrole de la bouche, et nous découvrons avec appréhension qu’il va falloir le partager, dans la joie et la bonne humeur ; si possible. Dans l’avenir qui se profile, le problème ne sera plus seulement la consommation extravagante des citoyens des États-Unis ou d’Europe, ils ne sont qu’un relativement petit nombre ; le problème sera aussi dans la consommation légitime de milliards de nouveaux consommateurs. La Chine est maintenant le premier consommateur mondial de céréales, de viande, de charbon, d’acier, et depuis 2007 elle est le premier pays émetteur de CO2 sur la planète, et elle en émet de plus en plus. (Sachant que les pays riches sont en partie responsables du mauvais bilan vert de la Chine ; ils se sont acheté une vertu écologique en délocalisant leurs usines en Chine, ou ailleurs, se lavant ainsi les mains de leur pollution et de leur CO2…).

Ils avaient une chemise déchirée et délavée, eh bien ! maintenant ils peuvent acheter une nouvelle chemise toute neuve. Ils allaient à pied, ils rêvaient d’avoir un vélo, eh bien ! maintenant ils peuvent acheter ce vélo. Peut-être même un jour achèteront-ils une voiture… des milliard de voitures, des milliard de tuyaux d'échappement ! Il s’est vendu 18 millions de véhicules en Chine en 2010, 32% de plus qu’en 2009 ; la Chine est maintenant le premier marché automobile du monde, devant les États-Unis.

 

Oui, "pays en développement"… cela veut dire… qu’ils se développent, et que donc ils rejettent de plus en plus de CO2 ! Parce que pour l’instant, il n’existe pas de "plan B" sur l’art et la manière de se développer ; il n’existe que le plan que les pays déjà riches ont exploité sans retenue, même s'il n'est pas fameux : puiser dans les ressources de la terre et les énergies fossiles bon marché… Mais ce n’est pas une raison pour que les citoyens des pays riches aillent leur faire la leçon, du haut de leur 4X4, leur dire qu’à cause de ces petits vélos, à cause de ces belles chemises, la planète est en danger. 

 

   La multitude des pauvres de la planète voudrait consommer, chacun, un peu plus ;

   Il serait donc nécessaire que la minorité des développés consomme, chacun, beaucoup moins, dans la joie et la bonne humeur.

   Pour que globalement, les émissions de CO2 diminuent.

 

Ce qui donne la situation inextricable dont on n’a pu sortir à Copenhague.

Festival d’illusions  

L’échec absolu des économies d’énergie surprend, tant nous sommes assaillis par la bruyante fanfare des médias, de la publicité, des hommes politiques, qui n’ont que ces mots à la bouche. Achetons tel produit, nous économiserons de l’énergie ; réorganisons ici, nous économiserons de l’énergie ; investissons là, nous économiserons de l’énergie ; faisons ce petit geste, nous économiserons l’énergie…

D’où vient ce fantastique décalage entre nos illusions et la réalité ?

 

Une première illusion concerne les capacités techniques de réduire nos émissions de CO2. Le lobbying vert nous fait croire qu’il existe des solutions techniques déjà opérationnelles. C’est vrai, il existe déjà des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, des appartements mieux isolés, et l’efficacité énergétique des moteurs thermiques s’est considérablement améliorée. On verra que ces capacités sont et seront insuffisantes.

 

Une seconde illusion concerne les capacités des hommes à changer de comportement. Le lobbying vert nous fait croire qu’il existe d’énormes gisements d’économies d’énergie, "tout simplement" en changeant nos façons de faire. C’est sans doute vrai, dans un monde mythique où les hommes seraient raisonnables. Mais dans le monde réel, comment croire que les hommes pourraient changer sous le seul effet de conseils vertueux ? Suffit-il de dire que "la vraie voiture propre c'est celle qui ne roule pas", pour que les automobilistes deviennent des cyclistes ? Suffirait-il de dire que l’argent ne fait pas le bonheur pour que les employés cessent de demander des augmentations de salaire, pour que les patrons cessent de les refuser ? Les hommes pourraient-ils faire l’ange sans faire la bête ? Depuis des millénaires ils se comportent avec avidité, recherchant toujours plus de confort, de colifichets, de luxe…  Comment espérer que demain ils se comporteront au contraire de ce qu’ils ont toujours fait, que subitement ils vont devenir raisonnables et économes – et pédaler. Non, ils feront quelques petits gestes sans doute, qui ne coûtent rien et ne rapportent rien ; mais abandonnons l’espoir chimérique que les hommes ne seront plus des hommes ! Qu’ils vont abandonner leur vieille peau pour muer, ou devenir le papillon de la chenille qu’ils sont encore, ou devenir des mutants extraordinaires.

 

On peut proposer aux hommes des solutions idéales et rationnelles, de devenir raisonnables et économes… le problème est que l'humanité n’est ni idéale ni rationnelle…

 

Une troisième illusion concerne les capacités des pays développés à apprécier leur relative importance sur la planète. Les pays développés se croient seuls au monde, ils semblent ignorer qu’il y a quelque part sur la planète des milliards et des milliards de Chinois, d’Indiens, d’Africains, de Sud-Américains… Quand un journal français annonce un succès local, une ferme éolienne ou autre, les Français sont flattés, sans se rendre compte du poids infime de ce succès quand on le considère à l’échelle de la planète. C’est le syndrome MAC, Mon Arrière-Cour. Les pays développés ont l’illusion qu’une petite réussite dans leur petite arrière-cour, dans leur petit territoire, suffira à sauver la planète tout entière ; c’était l’illusion française lors du Grenelle de l’environnement. Quelle présomption ! La rue de Grenelle est en réalité une impasse ; les pays développés ne sont pas, ou plus, le nombril de la planète. Ils ont fait la pluie, tout seuls, en émettant le CO2 de leur développement ; le problème est que maintenant ils ne peuvent plus faire le beau temps à eux seuls, même en devenant tous des modèles improbables de vertu écologique.

 

L'avenir de la planète ne se joue pas dans la petite impasse de Grenelle. Il se joue à Pékin, New Delhi, Le Caire, Rio De Janeiro… Avec la conséquence qu’une autorité supranationale pour ce type de problèmes est nécessaire.

 

 

 

 

Toutes ces illusions, et d'autres encore, seront analysées plus en détails dans les prochains chapitres.

 

 

 

 



[1] Lorsque Houlagou, petit-fils de Gengis Khan, prit Bagdad en 1258, il fut choqué en découvrant les richesses inutiles du palais du calife. Pour convaincre le calife de la vanité de ce luxe, il le fit enfermer dans une pièce, avec tous ses immenses trésors.
   Le calife mourut de faim, convaincu.

[2] COMMISSARIAT GÉNÉRAL AU DÉVELOPPEMENT DURABLE, Les émissions de CO2 liées à la combustion d’énergie dans le monde en 2008, Chiffres & statistiques n° 175 Décembre 2010  

 

 

---

Retour à la page d'accueil pour choisir d'autres extraits :    

 

---

 

Table des matières

 

Les illusions du bon vieux temps… mythes et réalité [extrait à lire]

La planète bleue était-elle verte ?

La pollution – réalité ancienne, idée moderne

À la recherche du bon vieux temps perdu

C’était une erreur judiciaire, l’homme est innocenté

Nature amie ou ennemie ?

Touche pas à mon moustique

La ligue de défense des moustiques et des oiseaux

La bataille de Stockholm

Combats d’arrière-garde

Les leçons du passé

L’écologie profonde

Défendre l’environnement, ou défendre la nature ?

Lobbying et indépendance ne sont pas ce que l’on croit

L’Homme et la nature, vieux couple terrible

« maîtres et possesseurs de la nature. »

On a retrouvé le paradis terrestre !

Disettes et famines

Touche pas à ma nature !

Le miracle de la malbouffe !

Vive le changement !

Donnez-nous notre pain quotidien

La chimie… mais c’est naturel !

Les pesticides… mais c’est naturel !

Les dangers des pesticides pour les hommes ? [extrait à lire]

Leçons de propagande pour les nuls

Le bio peut-il nourrir la planète ?

Donnez-nous notre pain quotidien… sans poison s'il vous plaît !

Nos fruits et légumes sont naturellement empoisonnés, c’est un équipement d’origine !

Nous sommes tous des cobayes.

Enfin les OGM vinrent !

Nous sommes obligés d’aller de l’avant, de prendre des risques

Les OGM protègent l’environnement ?

OGM problème ?

Nous sommes tous pro-OGM

Des mutants parmi nous !

Les peurs des dinosaures

Épuisement des ressources et changement climatique

Sommes-nous trop nombreux ?

Civilisation et énergie

Réchauffement climatique, sujet brûlant

Lutter contre le réchauffement climatique ou s’adapter ?

Déjà trop tard ?

L’irrésistible croissance des émissions de CO2

L’illusion des économies d’énergie

Les économies d’énergie, un sport de riche

Festival d’illusions

L’illusion des énergies renouvelables et autres techniques

Vive le bois ?

Vive l’eau ?

Le cheval blanc d’Henri IV était blanc ; mais le pétrole vert est-il vert ?

La voiture électrique marche au charbon

Plus nous progressons, plus nous reculons !

Les illusions renouvelables

L’illusion de la bonne volonté

L’illusion des petits gestes qui sauvent la planète

L’illusion des vœux pieux

L’illusion de l'argent qui fait le bonheur

L'illusions de l’éducation et des taxes

La décroissance nécessaire et impossible

L’énergie nucléaire

L’humanité est en danger